DAITORYU : vers la découverte de l’Aïki

Daitoryu – Vers la découverte de l’Aïki -Tatsuo Kimura – Budo éditions. Voici un très bon livre sur le Daitoryu, art martial mis au point par Sokaku Takeda et mettant en jeu l’aïki, quand il est correctement pratiqué. Sur le plan historique, le Daitoryu a été créé avant l’aïkido et Hueshiba l’a d’ailleurs pratiqué, avant de créer l’aïkido par la suite. Le terme aïki est propre au Daitoryu et n’est pas une contraction du mot aïkido. Voilà pour la mise au point.

L’auteur, Tatsuo Kimura, a pratiqué le Daïtoryu pendant vingt ans auprès de Maître Sagawa, lui même disciple de Takeda. Chercheur en mathématiques, il nous décrit non sans humour son parcours et sa pratique des arts martiaux, du sabre, de l’aïkido et bien sûr du Daïtoryu et de la recherche de l’aïki aux côtés de maître Sagawa. C’est raconté simplement, bien illustré par des photos, facile à lire et bigrement intéressant. Mais inutile d’y chercher des techniques ou des mouvements à reproduire, il n’y en a pas.

Kimura évoque entre autres ses rencontres avec Ueshiba et les capacités télépathiques éventuelles de ce dernier. Il parle aussi beaucoup de l’importance de l’esprit, de l’énergie mobilisée par l’esprit pouvant mener à faire des actions martiales irréalisables habituellement. Mais cela nécessite du travail, que ce soit en arts martiaux ou dans d’autres domaines.

Le crédo sans cesse mis en avant est de ne pas utiliser la force mais la souplesse. En pratique, pour maîtriser quelqu’un, l’image retenue est de manipuler ou saisir l’adversaire comme pour envelopper délicatement un objet avec un tissu. Ça donne des idées et des pistes.

Et l’aïki, c’est quoi ? Je cite : “L’aïki est une technique qui ferme le bouton du système invisible défensif humain, responsable de la stabilité et la résistance humaine. L’ aïki coupe instantanément le courant de ce système, le corps humain devient juste une matière et il perd sa résistance, comme une poupée mannequin. L’aïki est une technique pour couper le courant chez le partenaire ou adversaire ”. Reste à trouver l’interrupteur …

Une des richesses de ce livre, en plus du témoignage de l’auteur, sont les propos rapportés de son maître Yukiyoshi Sagawa, qui donnent l’impression de partager des moments précieux. Notamment de nombreux conseils. Je vous en cite plusieurs, mais il y en a d’autres dans le livre .

Mâitre Yukiyoshi SAGAWA

CONSEILS DE SAGAWA :

– S’entraîner beaucoup, tester les techniques jusqu’à ce qu’elles marchent. S’entraîner seul aussi, régulièrement, ainsi le corps se transforme, se forme. Raisonner aussi dans sa tête ( pour trouver le meilleur angle pour déstabiliser quelqu’un, …)

– Chercher des nouveaux exercices pour progresser, il n’y a pas de limite d’âge pour progresser. Poursuivre toujours ses recherches personnelles.

– Enseigner permet d’apprendre, de progresser plus vite.

–  Le secret de l’aïki est dans l’exercice  « aïki age ». Il faut l’étudier beaucoup car si on ne le maîtrise pas, on n’arrive pas à projeter facilement. Personne ne lui a jamais donné d’indices. “ aïki age ” : lever les bras du partenaire après avoir anéanti sa force en tirant les mains légèrement vers soi.

– L’Aïki est une technique qui annule la force de l’adversaire, en plus cela permet de coller le corps de l’assaillant au notre. SAGAWA annule la force avec une manipulation venue de l’intérieur du corps, cela n’apparaît pas en tant que forme. Cela provient d’un principe tout simple, mais personne ne s’en est aperçu. Les vraies recherches peuvent commencer seulement après avoir compris les principes de l’aïki. Son aïki est invisible.

– L’aïki est avant tout une attaque. Ne pas se contracter, agir avec relâchement musculaire. Ne pas utiliser la force.

– Se tenir droit, ne pas se pencher en avant, point très important.

– Ne pas crisper les épaules et les mains. Si les épaules sont raides, vous ne pourrez jamais comprendre l’aïki. Ses techniques se sont développées à partir de ce principe. Raidir le corps bloque toute réussite.

– Ne pas être prisonnier des formes de techniques. Saisir le bon moment et être capable d’adopter et d’appliquer les techniques en fonction des circonstances.

– Se déplacer rapidement est un exercice important (pour le combat réel). Pendant l’entraînement on peut travailler avec lenteur, faire des techniques sur des rythmes variés pour faire des recherches. Mais le vrai combat est rapide, donc l’exercice pour agir vite est indispensable.

– L’enseignement ne sert qu’à donner des indices. Le reste, il faut le découvrir tout seul, par référence à notre sensation intérieure. Ce que l’on découvre soi-même reste définitivement.

– Ne jamais cesser de méditer, de réfléchir. Une idée peut surgir. La noter et l’essayer, sinon on l’oublie. Continuer à penser, inlassablement, c’est le secret de la réussite pour faire émerger de nouvelles idées.

– Il faut un mental fort, notamment pour se mettre en action. On ne fait pas d’effort quand on a un esprit ordinaire, c’est valable dans tous les domaines. Il est aisé de rester moyen, mais ardu de devenir un homme accompli.

– Mental et technique doivent ne faire qu’un. Toutes les techniques se réalisent avec le mental, viennent après le mental. Le mental doit être présent devant nous. Ce qui compte au final, c’est l’esprit (kokoro). ( mental = seishin).

–  Le niveau ultime ne peut exister. Même si on a un excellent niveau, on peut aller encore plus loin. Se contenter de son niveau, c’est arrêter de progresser, arrêter de réfléchir, bloquer sa progression. Ne jamais se satisfaire de son niveau du moment, réfléchir constamment, c’est l’occasion d’avoir plein d’idées.

– S’entraîner tous les jours. Quand on atteind un niveau, ne pas s’en satisfaire ni s’en contenter : alors de nouvelles portes s’ouvrent, un chemin s’ouvre vers une nouvelle étape.

J’avais commencé à feuilleter ce livre en 2010 dans une librairie, le trouvant intéressant, et par la suite Didier Le Boucher m’en a parlé et me l’a vivement recommandé pour plusieurs raisons. M’indiquant entre autres que l’on pouvait pratiquement remplacer le mot Daïtoryu  ou aïki par Taï Chi sans rien changer d’autre, le livre gardant tout son sens. Et il est vrai qu’il y a de nombreuses analogies avec le Tai Chi, comme rester droit, ne pas se pencher, utiliser la souplesse au lieu de la force, le blocage ou la raideur au niveau des épaules qui empêchent la transmission de l’énergie, etc … J’ai aussi été frappé par plusieurs passages qui m’ont fortement fait penser à Yves Blanc, au niveau de conseils qu’il m’a donnés, d’images mentales qu’il utilise (comme la notion de courant que l’on coupe chez le partenaire) ou sur la façon de s’entraîner, de chercher et d’apprendre seul, et dans une certaine mesure un parallèle entre la transmission parfois avare d’indices de Takeda à Sagawa et celle de Maître Chu King Hung à Yves Blanc. D’où l’obligation à partir d’un principe montré sur un mouvement, de devoir découvrir par soi-même comment utiliser ce principe sur tous les autres mouvements de la forme. Bref, un bon bouquin qui donne envie de progresser et chercher. Y a plus qu’à ! Et c’est pas le plus facile …

PS: ce livre est une version raccourcie de la version anglaise “ Transparent Power – a secret teaching revealed ”

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