Compte rendu du Master Class de Akira HINO de février 2012

Ce stage, organisé par Léo TAMAKI, s’est déroulé les samedi 11 et dimanche 12 février à Herblay. Maître Akira HINO, toujours très souriant et très accessible, nous a d’abord fait travailler sur un mouvement circulaire du coude et du bras qu’il a décliné dans plusieurs situations. 

L’utilisation du sternum (kiyokotsu) n’a pas été oubliée ainsi que le travail avec un bâton. Tout ce qui nous a été montré fonctionne bien sûr à condition de rester dans la souplesse et la détente, comme dans la pratique du Taï Chi Chuan. L’utilisation de la force n’apportant que des tensions qui bloquent l’action.

LE SAMEDI MATIN

Samedi matin, on a travaillé uniquement sur un seul mouvement:  bras fléchi, coude vers le bas et avant bras en position presque verticale ou oblique dans le plan sagittal. Il s’agissait de commencer le mouvement par un petit cercle du coude vers l’intérieur, sans bouger la main, et continuer par un cercle plus large du coude en passant dans le plan horizontal en montant le coude au niveau de l’épaule (comme une sorte de crochet du poing). L’avant bras se retrouvant légèrement oblique avec la main ouverte et un plus plus basse que le coude. L’intention dans la main et les doigts devenant de plus en plus importante quand le coude montait et avançait. Au final, ce mouvement déséquilibrait le partenaire en douceur et l’amenait au sol.

Au niveau du Taï Chi, cela revenait à peu près à passer d’une position de 6e Qi Gong à 3e pour finir en 4e Qi Gong.

 On a travaillé ce mouvement dans 4 ou 5 situations différentes en faisant attention à garder le contact avec le partenaire.

  • 1- face à face, en miroir, comme deux judokas, chacun saisissant le coude et le col du kimono du partenaire. Le mouvement se lançait avec le bras tenant le col.

  • 2- même position mais le partenaire a les bras tendus, ce qui empêche de le saisir à notre tour.

  • 3- les deux partenaires sont en contact, comme deux lutteurs qui s’enlacent, symétriques, penchés sur la jambe avant, chacun a les mains à plat dans le dos du partenaire,une main sur l’épaule et l’autre plus bas au dessus de la hanche, vers le rein. L’action se faisait avec le bras arrière, c.à.d. celui qui a la main au dessus de la hanche.

  • 4- défense / attaque  sur une attaque en tsuki (coup de poing) au niveau du plexus. Parer avec l’avant bras vertical qui tourne vers l’intérieur à partir du petit cercle du coude puis cercle horizontal. Ce mouvement peut se pratiquer comme un coup de poing au menton (genre crochet en boxe). Garder le contact avec le partenaire avec l’avant bras qui glisse sur son buste, tourner le centre en avançant un peu sur le partenaire pour l’amener au sol.

  • 5- face à face, chacun se saisit au niveau des épaules. Agir avec le mouvement du coude puis du bras pour déséquilibrer le partenaire d’un côté et marcher simplement à 90 degrés de l’autre côté en l’entraînant avec l’autre bras dans un mouvement circulaire qui le fait chuter.

Akira HINO et Léo TAMAKI. Cette photo n’a pas été prise lors du stage mais illustre assez le mouvement travaillé.

L’APRÈS MIDI

HINO senseï est rentré un peu plus dans les principes du hino budo en nous faisant travailler la mobilité du sternum (le kiyokotsu en japonais). Ce principe est un des fondamentaux de son art qu’il nous a conseillé dutiliser tout le temps,  dans les arts martiaux comme dans la vie quotidienne. Ne pas le faire reviendrait, pour reprendre ses paroles, à avoir une machine capable de faire des choses extraordinaires mais qu’on n’utiliserait que pour une seule chose : ce serait dommage. Voici quelques exercices proposés mettant en jeu cette mobilité 

  • 1- debout, bras écartés horizontalement dans le profil du corps, projeter le sternum en avant puis en arrière, sans déplacement du poids, le partenaire était derrière nous et tenait juste les coudes. Sentir le lien entre sternum et coudes.

  • 2- même position pour celui qui est devant, celui qui est derrière colle sa poitrine contre le dos de celui de devant en le déséquilibrant un peu vers l’arrière et lui bloque les bras avec ses avant bras dirigés vers le ciel. Ainsi, celui qui est devant a le sternum vers l’avant et peu d’appui au sol. L’objectif est de ramener les bras vers l’avant pour faire lacher « uke » mais en utilisant le sternum, les bras ne faisant que suivre ou transmettre le mouvement. De toute façon, sans utiliser le sternum, le mouvement était en force ou bloquait.

  • 3- le partenaire pose son poing sur notre plexus, bras tendu et fort, (ou saisit le kimono) : notre bras est fléchi, horizontal, en position circulaire, posé sur le bras du partenaire, vers son coude. Faire descendre le partenaire en utilisant le sternum tout en gardant le contact au niveau des bras. Maître HINO a clairement montré en passant dans certains groupes que le bras qui était au contact tournait légèrement vers l’intérieur (spirale ouverte-open) mais qu’il pouvait aussi tourner vers l’extérieur (spirale fermée-close pour le taï chi).

LE DIMANCHE MATIN

Nous avons commencé par une application au sol consistant à bloquer un coup de pied  avec une jambe et se servir de l’autre jambe pour faire chuter le partenaire en exerçant une pression au dessus de son genou. Il me semble que HINO senseï n’était pas satisfait de ce qu’on faisait et pour qu’on comprenne mieux le sens de l’action il nous a montré la même technique mais avec les bras, sur une attaque de poing (tsuki) au niveau du buste.

C’était l’occasion pour lui d’attirer notre attention sur le premier temps de protection : avancer la main en premier vers le haut obliquement (en mobilisant le sternum à mon avis) et viser l’espace au lieu de viser le bras d’uke.

Pour y arriver, maître HINO montre un éducatif : lever les deux mains ensemble comme pour former une pointe ou un triangle avec les bras. C’est d’ailleurs un éducatif qui s’utilise en Taï Chi pour travailler le mouvement « lever les mains ».

Sur l’application montrée, il fallait lancer la main sur l’extérieur du bras frappant en tsuki et enchaîner avec l’autre bras par un cercle horizontal sur l’intérieur du bras qui a frappé, pour amener le partenaire au sol (une combinaison de «lever les mains» ou du «coq d’or se dresse sur une patte» avec le premier temps yin de «tourner et balayer le lotus» mais inversé au niveau des contacts). Il était très facile d’appuyer sur le bras du partenaire, comme une sorte de clé, ce qui ne l’affectait pas du tout. Il fallait agir en souplesse et douceur dans l’idée de frôler son bras en effectuant une spirale vers l’intérieur.

L’idée de viser l’espace en lançant la main en premier a aussi été utilisée sur une attaque en piqué au bâton. Si on visait le bâton, on se retrouvait bloqué, ou le contact était plus dur. Pour finir, HINO senseï nous a fait travailler la souplesse des chevilles et des genoux.

D’autres applications ont été montrées durant ce master-class, sur des chutes notamment mais que je n’explique pas ici soit parce que ce serait trop difficile à retranscrire ou parce que je les ai moins bien mémorisées.

Un des intérêt du travail proposé était que le mouvement circulaire du coude et du bras que nous avons travaillé au début du stage fonctionnait sur chacune des déclinaisons proposées, quel que soit le gabarit du partenaire, certaines fois plus facilement que d’autres … c’est vrai … mais HINO senseï, lui, nous a évidemment démontré son efficacité à chaque fois.

CONFIDENCES DU MÂITRE :

Lors des moments de pause, HINO senseï discutait volontiers avec des participants (avec l’aide d’un traducteur), j’ai profité de ces moments précieux pour écouter et aussi lui poser une question. Il nous a confié qu’à force de rencontrer des personnes de tailles, poids et forces différentes lors de ses stages, ses recherches l’ont amené à faire émerger des principes et trouver des techniques qui fonctionnent vraiment tout le temps dans la détente, la souplesse et la douceur, sans avoir besoin de les modifier selon le partenaire. Ainsi, lorsqu’il se retrouve en stage face à des poids lourds champions olympiques de judo ou d’autres disciplines, il n’a pas le choix s’il veut être crédible. Sa technique doit être efficace et la force n’a pas sa place, vu qu’il a un gabarit léger.

Une bonne image pour illustrer cette démarche est le proverbe japonais ancien «Ju yoku go o seï suru» signifiant que les choses souples l’emportent sur celles qui sont dures, que la douceur surpasse la force. Ce proverbe l’a marqué dans sa jeunesse et a été une des sources l’amenant à créer le Hino Budo comme il l’a rappelé dans un entretien avec Léo TAMAKI (voir la fin du compte rendu pour  le lien internet).

Ce stage a aussi été l’occasion d’insister sur l’importance du principe du kiyokotsu, clairement mis en lumière et sur la notion de parer en visant l’espace ou le vide en bougeant la main en premier (au lieu de mobiliser d’abord le corps puis la main pour viser l’arme ou le bras qui attaque).

En réalité, d’autres principes étaient mis en jeu dans les applications et exercices proposés : garder le contact avec le partenaire pour l’amener au sol, l’accompagner en utilisant son énergie, la mobilité du centre (tantien ou hara) et du corps, être mobile sur les jambes.

D’ailleurs, Maître HINO a bien insisté sur ce dernier aspect. Les jambes ne sont pas collées au sol, il ne faut pas rester fixe, mais bien au contraire bouger. J’ai particulièrement prêté attention à ce point et il était fréquent que Maître HINO commence un mouvement dans une direction en prenant contact avec le partenaire et finisse en s’étant déplacé et ayant tourné de plus de 120 degrés (oui je sais … c’est précis…mais j’avais observé attentivement cet aspect…).

Pour continuer sur le rôle des jambes, il a précisé qu’il ne fallait pas prendre appui au sol ou s’arc-bouter pour passer un mouvement, mais rester souple et léger dans les jambes. Ce qui lui a donné l’occasion de faire une ou deux applications sur une jambe pour nous le démontrer.

Lors d’une activité pour faire chuter le partenaire, Maître HINO a également insisté sur le rôle du regard: fixer le partenaire dans les yeux permet de sentir le meilleur moment pour agir.

LE BILAN

Durant ce stage, j’ai pu rencontrer des gens très agréables et de bon esprit de disciplines variées ( aïkido, karaté, jiu jitsu, danse, yoga …). J’ai pris plaisir à découvrir des applications nouvelles tout en trouvant beaucoup de notions proches ou identiques à celles présentes dans le Taï Chi Chuan(le travail du centre, l’importance des contacts, l’adhérence, l’intention, la douceur, la détente, la souplesse) ce qui est réconfortant, encourageant et un bon indicateur sur la façon de travailler et les suites à y donner. D’autres aspects enfin m’ont permis d’ouvrir les yeux sur des points à améliorer comme la mobilité des jambes, le sternum … ou bien améliorer les chutes… car on n’y est pas préparé en Taï Chi, je l’ai bien ressenti ce week end et ce n’est pas si facile. J’enviais les aïkidokas qui chutaient avec facilité dans tous les sens. Ma pratique dans ce domaine n’a pas été assez longue. Au final, c’était un super stage très formateur.

Si vous avez participé à ce stage et souhaitez réagir à cet article, n’hésitez pas. Toutes les remarques sont les bienvenues. Ce sera peut-être l’occasion de créer un groupe de travail autour des activités que HINO senseï a montrées lors de ses stages, afin de continuer à nous entraîner. Si vous êtes intéressé, contactez-moi et on verra si on peut organiser des moments de rencontres.

* Le proverbe japonais cité est extrait de Le Tengu de Wakayama, un entretien entre HINO Akira et Léo TAMAKI consultable à l’adresse suivante : http://www.leotamaki.com/article-36952391.html

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2 commentaires pour Compte rendu du Master Class de Akira HINO de février 2012

  1. TRECH Jean-François dit :

    Bonjour,

    Depuis plusieurs années, je cherche à participer à un stage de Akira Hina mais j’ai beaucoup de mal à trouver les dates de stage. Il y en a t’il prévu en 2013. Avez-vous un site où cette information est actualisée .

    Salutations

    J'aime

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